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Débats d'ID
Les OGM et le développement
Les
problèmes de la Grameen Bank sonnent-ils le glas du micro
crédit ?
Les OGM et le développement
Les plantes
modifiées génétiquement constituent-elles un
atout pour les Pays en développement ?
La question
peut sembler éloignée de nos préoccupations
quotidiennes. On pourrait même avoir l'impression qu'en parlant
d'OGM on ne parle pas de développement. Les choses sont plus
complexes. De même qu'aujourd'hui les consommateurs des pays
développés se voient imposés des OGM, les pays
en développement sont, dans l'esprit de beaucoup, le territoire
idéal de leur application et ne devraient surtout pas s'y
opposer.
En effet, destinés à accroître la productivité,
à résister aux maladies, voire à la sécheresse,
les OGM semblent bien pouvoir favoriser le développement,
lutter contre la mal ou sous nutrition d'une population mondiale
toujours croissante.
Les OGM ont-ils vraiment la faculté de régler ces
problèmes ?
Les OGM ont
toujours existé : la sélection et les croisements
d'espèces constituent des modifications des espèces.
La technologie est seulement nouvelles et plus poussée, on
peut dorénavant prendre des gènes animaux et les transmettre
à des plantes par exemple.
En fait, les humains ont toujours cherché à améliorer
les espèces pour en accroître la qualité, la
productivité, et ce afin d'améliorer le niveau de
vie, ou, l'argument est plus malthusien, pour faire face à
la croissance démographique galopante de nombreux pays en
développement.
A la productivité
et au niveau de vie améliorés qui sont attendus des
plantes génétiquement modifiées, il faut ajouter
les économies d'engrais et de pesticides que ces plantes
génétiquement modifiées sont supposées
consommer en moindres quantités. L'indépendance alimentaire
voire l'exportation de surplus pouvant arriver en prime.
Au delà
de cette première dimension économique, les plantes
génétiquement modifiées peuvent intégrer
dans leurs gènes des vaccins, des vitamines, des protéines,
des hormones (exemple du ''Golden Rice''), autant de caractéristiques
qui peuvent améliorer la santé des populations bénéficiaires.
Du point de vue environnemental on souligne la préservation
des nappes phréatiques et la baisse de la pollution grâce
à une utilisation moins intensive d'engrais et de pesticides.
La technique
semble miraculeuse, mais est-elle aussi efficace et bénéfique
qu'elle prétend l'être ?
Tout d'abord, la réduction des quantités de pesticides
et d'engrais annoncée n'est pas aussi manifeste, en particulier
après plusieurs années où il semble que des
résistances se développent, conduisant à de
nouvelles recherches pour trouver de nouvelles espèces qui
ne résisteraient pas
Les défenseurs
de l'environnement quant à eux soulignent le danger de "
pollution génétique " due à la trans-pollinisation,
sans compter les risques pour l'instant inconnus sur la santé
humaine : allergies et résistances aux antibiotiques par
exemple. Ces risques, s'ils s'avéraient ne permettent aucun
retour en arrière, ceci constituant un argument de poids.
Des pays aussi
divers que la France, le Botswana ou la Thaïlande, ainsi que
des organisations telles que Green Peace recommandent le principe
de précaution, alors que les Etats-Unis et des firmes américaines
telle que Monsanto conduisent un lobbying important pour faire admettre
qu'on peut utiliser ces techniques tant que leur danger ou leur
nocivité n'a pas été démontrée.
Mais les OGM
pourraient bien plus appauvrir les pays en développement.
En effet, ces OGM sont coûteux et protégés par
des brevets. Pour assurer cette protection, Monsanto utilise la
technologie Terminator qui consiste à inclure un gène
qui rend stériles les cultures obtenues et empêchent
les agriculteurs de réutiliser leurs cultures comme semences.
Ce que les paysans des pays en développement n'auront pas
à payer pour les engrais et les pesticides, ils risquent
bien de le dépenser pour se procurer les semences dont ils
seront devenus dépendants, le risque de disparition du marché
des autres semences non stériles rendant tout retour en arrière
impossible (effet de trappe technologique).
Ainsi, des firmes
américaines ont déjà commencé à
donner à des pays en développement ces semences. Ces
OGM Terminator risquent bien de créer une nouvelle dépendance
du Sud à l'égard du Nord. Il faut par ailleurs signaler
que Monsanto est en position de quasi monopole, puisqu'elle détient
90% des parts sur ce marché. Un abus de position monopolistique
pourrait venir renforcer cette dépendance.
Ainsi le Pakistan, l'Inde, la Thaïlande, la Zambie ont refusé
jusqu'à présent de prendre tous ces risques signalés.
A ce stade,
on voit que les arguments de ceux qui préconisent l'extension
des semences OGM ont sans doute plus affaire avec leurs intérêts
propres qu'au développement ou à l'environnement.
Il convient
donc de remettre en cause point par point l'argumentaire.
Tout d'abord, faut-il jouer de l'argument malthusien ? Les projections
de population futures sont incertaines, les marges sont grandes.
Certes on peut s'attendre à une croissance de la population
mondiale au cours du 21ième siècle. Mais pour l'instant
on est plutôt noyé sous les surplus, et le problème
est davantage celui de la distribution, de la répartition,
de l'approvisionnement, ceci quand la faim n'est pas utilisée
par les pouvoirs en place comme une arme contre une partie de leur
population.
La production
alimentaire de certains pays en développement est parfois
insuffisante, mais les causes sont à chercher ailleurs que
dans les semences de basse qualité et la faible productivité
dans un environnement difficile.
Les incitations à produire sont nulles voire négatives
face à des produits donnés ou vendus à bas
prix par des pays développés. Dans de nombreux pays
d'Afrique, on ne produit plus de riz, car le riz américain
pour la production duquel les agriculteurs sont subventionnés
est moins cher. C'est sans compter avec l'aide alimentaire qui familiarise
parfois avec des produits nouveaux qui seront ensuite importés,
faute de pouvoir être produits localement.
Par ailleurs,
avant d'utiliser des OGM, il faudrait dans de nombreux pays faire
des réformes agraires, améliorer l'état des
infrastructures, améliorer les techniques de production,
irriguer
Car ce sont bien plus ces conditions défavorables
qui nuisent au développement. Importer les OGM dans un système
bancal ne servirait pas à grand chose, sauf à rapporter
de l'argent à Monsanto.
Il faut aussi
voir que la pollution et la dégradation de l'environnement
détériorent durablement les conditions de production.
Le nuage brun au dessus de l'Asie diminue la luminosité de
15 %. L'extension des villes prend un peu plus chaque jour de terres
arables. La déforestation provoque une érosion rapide
des sols et désertifie des régions entières
Alors que faut-il
faire des cultures génétiquement modifiées
? Pas forcément les rejeter en blocs et sans nuance.
Eviter une appropriation privée du vivant (par l'utilisation
de la technologie Terminator) semble une première nécessité
pour les pays en développement. Ensuite, il conviendrait
de mener une recherche ciblant les besoins des PED : semences résistant
à la sécheresse, à la salinité. Le retour
sur investissement étant trop faible pour que des PED puissent
mener ces recherches seuls, ils faudrait subventionner une recherche
à l'échelle internationale au bénéfice
des PED.
Des OGM utiles
ne seraient-ils pas un genre de bien collectif, un patrimoine commun
à toute l'humanité dans la mesure où ils concerne
sa survie ?
Enfin , il faudrait ne pas prendre les risques signalés plus
haut et retenir le principe de précaution, car c'est aussi
à ce prix que les OGM parviendront à se faire accepter
dans les pays en développement, tout comme dans les pays
développés. Il faut noter aussi que cette acceptation
doit prendre en compte une dimension philosophique : on peut comprendre
que des végétariens en Inde refusent de manger des
aliments dont les gènes ont été croisés
avec ceux d'animaux, quand ce ne sont pas des gènes humains.
Cet exposé
est tout compte fait un plaidoyer pour des OGM ''éthiques''
orientés vers un développement durable
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