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Débats d'ID
Les problèmes
de la Grameen Bank sonnent-ils le glas du micro crédit ?
Qui n'a pas
entendu "ah, le micro crédit, c'est très à
la mode !" ? Comme toutes les modes, un jour la critique
prend le pas. La Grameen Bank est actuellement au cur d'une
polémique dont le magazine Alternatives
internationales
s'est fait l'écho dans son numéro de Mai-juin 2002
(p 21, A. de Ravignan).
En 1983, Muhammad
Yunus créait au Bangladesh la Grameen Bank. Le principe de
banque des pauvres apparaissait dans un contexte à la fois
d'échec des politiques de développement et dans une
phase de libéralisme qu'il semble ne pas renier.
Rapidement, 1500 ONG se sont lancées dans le crédit
aux plus pauvres à travers le monde, touchant presque 20
millions de personnes vivant avec moins d'un euro par jour.
Les "success stories" sont édifiantes, le cercle
vertueux dans lequel les bénéficiaires sont entraînées
(95 % sont des femmes) est remarquable. Serait-ce l'arbre qui cache
la forêt?
Les reproches sont de taille
Tout d'abord, les bénéficiaires ne seraient pas toujours
les plus pauvres. Les causes invoquées vont de l'éloignement
des populations pauvres et de la difficulté à les
atteindre, en passant par le coût de la gestion de portefeuilles
de très petits clients ou encore la viabilité financière
des projets de ces plus pauvres.
Ensuite, il s'avère que les prêts permettent rarement
une accumulation de capital, quand ils n'entraînent pas le
surendettement de certains foyers.
Par ailleurs, un des problèmes majeurs reste la saturation
des marchés sur lesquels uvrent les bénéficiaires
de micro crédit
Enfin, au niveau macro économique, les effets du micro crédit
seraient presque nuls (C'est la critique qu'effectue notamment la
Banque Mondiale). L'accroissement du revenu des plus pauvres restant
inférieur, par exemple au Bangladesh, à la croissance
du PIB, c'est à dire à la richesse du pays, s'ensuit
alors un creusement des inégalités.
Faut-il jeter le bébé avec l'eau
du bain?
En premier lieu,
il faut reconnaître que le micro crédit reste "un
filet de sécurité" pour les plus pauvres. S'il
n'est pas une panacée, il permet de ne pas avoir affaire
aux usuriers.
En second lieu, il faut souligner le fait que toutes les ONG n'agissent
pas exactement selon les principes de M. Yunus. Ainsi, les programmes
de micro crédit sont aussi assortis de programmes d'épargne,
d'accompagnement social, familial, sanitaire. On dépasse
ainsi le concept peut être trop restrictif de "banque
pour les pauvres". A ce titre, et contrairement à ce
que font certains, il ne faut sans doute pas se contenter de mesurer
les résultats du micro crédit à l'aune seule
de la viabilité financière.
En troisième lieu, le micro crédit touche essentiellement
les femmes et à ce titre contribue à un changement
social en provoquant une émancipation de celles-ci dans des
sociétés où souvent elles n'ont pas leur mot
à dire. A défaut, on redonne aux familles concernées
un peu d'autonomie grâce à l'exercice d'activités
génératrices de revenus.
En dernier lieu, si le micro crédit ne touche pas les plus
pauvres, en concernant des classes moyennes, il permet malgré
tout à des populations d'avoir accès au crédit,
alors qu'elles restent exclues des circuits de financement traditionnels.
Ceux-là, devenus entrepreneurs, créeront ensuite des
emplois dont les plus pauvres pourront bénéficier.
Dans son courrier
à Alternatives Internationales (p 65, juillet-aout 2002),
Dominique Gentil de l'IRAM rappelle à juste titre les apports
de la Grameen Bank:
- il est possible de faire crédit à des pauvres,
- ceux-ci remboursent mieux que les plus riches,
- le micro crédit permet la réalisation de projets
décidés pas les bénéficiaires eux-mêmes,
- la micro finance permet l'augmentation des revenus, l'amélioration
des conditions de vie, la limitation des dépendances.
Il précise par ailleurs: "la
micro finance est un levier important des transformations économiques
et sociales: augmentation de la production agricole (par extension
des superficies et intensification) entendue au sens large (agriculture,
élevage et pêche), amélioration des réseaux
commerciaux, effets sur l'artisanat et l'habitat, mobilisation de
l'épargne, investissement et accumulation
, sans compter
la modification des rapports sociaux (limitation des dépendances,
condition féminine
)".
Quel avenir ?
C'est à
nous d'apporter les réponses en ayant bien en tête
que ces polémiques qui touchent la Grameen Bank pourrait
un jour nous atteindre (si ce n'est déjà fait), à
juste titre ou non.
Si c'était à juste titre, nous aurions été
alors coupable de ne pas avoir évalué notre action
en tenant compte du bilan de l'action des autres.
Si ce n'était pas à juste titre, nous ne pourrions
en sortir la conscience tranquille : il est d'abord de notre devoir
de faire comprendre les spécificités de notre action
et en quoi elle est efficace, tout en acceptant une remise en cause
permanente. Ensuite, les programmes que nous avons lancés
deviendraient victimes du rejet du micro crédit de la part
des bailleurs de fonds et mettraient en cause l'avenir des populations
bénéficiaires.
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