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Débats
d'ID
L’innovation
et le développement
Parler d’innovation, c’est parler de développement.
L’économiste Joseph Schumpeter est le théoricien
du rôle des innovations dans les économies. Pour lui,
les innovations (précédées des inventions)
sont lancées par des entrepreneurs, qui menacés par
la concurrence recherchent de nouvelles manières de faire
des profits en introduisant un déséquilibre créateur
(« la destruction créatrice ») : nouveaux produits,
nouveaux procédés de production, nouvelles méthodes
d’organisation, de gestion, nouveaux marchés…
Ces innovations ont tendance à apparaître par grappe,
c’est à dire qu’une innovation majeure entraîne
derrière elle (par un processus de diffusion et d’imitation)
de nombreuses innovations mineures. Il montre ainsi comme la machine
à vapeur est grandement à l’origine de la première
révolution industrielle, tout du moins du point de vue économique.
La puce électronique est l’innovation majeure qui constitue
le moteur du développement actuel de nos pays.
En résumé, l’innovation : nous avons affaire
à un processus, donnant naissance à une nouveauté
dans un contexte particulier et qui a des conséquences sur
ce contexte.
Ce détour par la théorie et l’histoire économique
est fécond, il va nous permettre de mieux resituer la question
du rôle de l’innovation dans le développement.
Sommes nous concernés par l’innovation en tant qu’ONG
? Si oui, sommes-nous innovants ? L’innovation est-elle souhaitable.
Un questionnaire a été lancé auprès
des RP et CDS. Ont contribué à cette réflexion
: Jean Luc Galbrun, Caroline Vignon, Mesmin d’Allada et Emmanuel
Pelloquin et les haïtiens (en groupe), Nasser Assoumani. L’un
d’eux a écrit, « C'est déjà innovant
chez ID, tenir compte de l'avis des collègues sur le terrain
pendant les moments de réflexion… ». Nous sommes
donc sur la bonne piste !
Qu’est-ce qu’innover en matière
de développement ? Qu’est-ce qu’une innovation
?
La raison d’être essentielle des actions de développement…
?
La réponse à ces questions s’articule autour
de plusieurs logiques non exclusives mais qui ne rejoignent pas
totalement la définition de l’innovation par Schumpeter.
Le –nous- correspond aux ONG d’aide au développement.
L’objet
Cette première définition sommaire résulte
des réponses apportées par tous au questionnaire.
L’innovation concerne notre intervention directe, nos bénéficiaires
: changements apportés dans les thèmes d'intervention,
dans la démarche d'intervention, dans le milieu d'intervention
ou dans la politique globale d'intervention. C’est développer
et mettre en place des solutions et structures techniques, organisationnelles,
administratives ou financières (montages des projets) qui
ne sont pas actuellement considérées /envisagées
localement.
L’innovation porte également sur la vision et la mission
de l’institution ainsi que sur les stratégies et méthodologies
adoptées. L’innovation doit concerner aussi l’organisation
même de l’institution (organigramme, fonctionnement
des organes de gouvernance).
Nous ne sommes pas des entrepreneurs/innovateurs
Nous ne sommes pas des entrepreneurs au sens de chefs d’entreprises,
dans la mesure où notre but n’est pas de faire des
profits. Les entrepreneurs schumpeteriens ne visent pas le développement,
ce sont pourtant leurs actions qui le favorise. Nous, ONG d’aide
au développement, entreprenons cependant des actions qui
visent à favoriser le développement. Mais est-ce parce
que nous en aurions l’intention, nous serions plus efficace,
rien ne le garantit…
Une Conception darwinienne de l’innovation
Darwin a montré que pour survivre, il faut s’adapter,
c’est vrai pour les espèces mais aussi pour toutes
les entreprises, organisations humaines.
Innover, c’est donc évoluer, c’est montrer une
capacité à évoluer, à répondre
à de nouveaux problèmes, trouver de nouvelles solutions
à des problèmes non résolus, c’est mieux
répondre aux problèmes qui se posent à nous.
Innover, c'est apporter un changement par rapport à une ancienne
manière de réaliser quelque chose. Plus concrètement,
l’innovation est la capacité à évoluer
par rapport au contexte (institutionnel, macro-économique)
et aux besoins des populations avec lesquelles on travaille.
Il y a un certain nombre de conditions dans ce cas pour innover
: connaître, être à l’écoute permanente
des bénéficiaires.
Le pré-requis est une bonne connaissance et compréhension
de son environnement et une écoute attentive des souhaits
des bénéficiaires.
Une perception socratique de l’innovation
Nous sommes des accoucheurs d’innovations, nous dit en quelque
sorte Nasser :
Innover, c'est renforcer de manière réaliste et pragmatique
les idées novatrices des ayant droits tout en tenant compte
de leur culture et de leur réel contexte. Innover en développement
ne veut pas dire créer ou imiter, c'est plutôt comprendre,
analyser et valoriser les initiatives des demandeurs.
C’est, en d’autres termes une aide a la prise de conscience
de problèmes qui pousseront ces bénéficiaires
à chercher eux-mêmes les solutions.
L’innovation est guidée par le souci de renforcer les
capacités des acteurs (notamment bénéficiaire
de l’opération), à se l’approprier, à
assurer sa pérennité, voire à la reproduire.
Pertinence de la question… ?
Est-ce qu’on innove vraiment en matière de développement
quand on est sous la contrainte des bailleurs de fonds, des partenaires,
des Etats dans lesquels nous intervenons ?
Il faut souvent proposer aux bailleurs ce qui est à la mode
du moment, ce qui correspond à une politique qu’ils
ont décidée. Certains modes d’intervention n’ont
aucune chance d’être financés par les bailleurs
publics notamment.
La recherche de financement nous brime dans l’innovation tout
en nous contraignant à des résultats qui ne sont pas
forcément les plus pertinents…
Faut-il toujours vouloir innover ? Innover à tout prix ?
les bonnes idées ne sont pas toujours forcément des
idées neuves. Les bonnes idées ne sont pas forcément
issues d’un volontarisme innovateur, mais seulement d’un
souci d’adaptation…
A se demander si on parle d’innovation…
Le but n’est donc pas de faire du neuf totalement et de manière
décontextualisée.
Au sens de Schumpeter, nous ne sommes pas des innovateurs purs,
au mieux, nous participons à la diffusion d’innovations
techniques, organisationnelles… que nous n’avons pas
inventé mais que nous avons réinventé avec
les populations concernées par nos actions.
En somme, l’innovation est pensée, motivée par
le souci d’améliorer ce qui existe déjà,
apportée au moment opportun sans déséquilibrer
le processus en marche, avec pour finalité, d’aboutir
à un changement durable dans l’action entreprise.
Apporte-t-on quelque chose ? Au mieux un petit quelque chose de
mesuré dans un contexte qu’il faut prendre très
précisément en considération.
Nous sommes des diffuseurs d’innovation qui en apportant des
méthodes de travail, des projets, on permet à des
bénéficiaires de PED d’innover, au sens où
ils vont évoluer dans leurs pratiques, leurs activités,
leurs modes d’organisation pour aller dans le sens du développement.
Extraits d’une
réflexion plus complète pour l’AG-CA du 11-12
juin 2004
Christophe Barron
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