| Tchad :
Programme Pour Améliorer la Scolarité Au Village (PASAV)
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| Les conditions de travail dans
les classes sont souvent très précaires : pas
de tables ou de chaises, si ce n'est construits par les élèves
eux-mêmes. |
Implantation géographique
du programme :
Le village de Koro Kaga est situé à une vingtaine
de kilomètres de la ville de Moundou dans le département
du Logone Occidental, au sud ouest du Tchad.
Le programme se concentre sur les deux écoles de la commune
de Koro. Une des deux écoles est officielle, l'autre est
communautaire.
(Pour plus d'informations sur le pays, consulter
la page Tchad)
Contexte et historique
du programme :
Le Tchad, pays au cœur de l’Afrique est
l'un des 5 pays les plus pauvres au monde. Sa population, essentiellement
rurale (80%), est estimée à 9,3 millions d’habitants
en 2005. 64 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté
et ceci malgré les ressources additionnelles générées
par l’exploitation récente du pétrole.
L'étude a été réalisée à
Moundou et dans les villages environnants, dans le Logone Occidental,
le plus petit des départements mais un des plus densément
peuplés du Tchad. Moundou, avec plus de 180.000 habitants,
est la troisième ville du pays.
Quelques points de repère sur l'éducation au
Tchad :
Taux d’analphabétisme de la population des plus
de 15 ans en 2003 74,5 %
Taux d’alphabétisation pour les femmes en 2003
12,7 %
Taux d’alphabétisation pour les hommes en 2003
40,6 %
Taux net de scolarisation dans le primaire 63 %.
Sur 100 enfants scolarisés en primaire 60 garçons
/ 40 filles
Une population très jeune (48 % des tchadiens
ont moins de 15 ans), un taux d’analphabétisme
élevé (74,5 % des plus de 15 ans) et un faible
taux de scolarisation (63 % en moyenne dans le pays pour le
primaire) : tels sont les défis qui se posent au système
éducatif. La mise en œuvre du Programme d’ajustement
structurel, mais aussi la faiblesse du Budget de l’État
accordé à l’enseignement primaire, a eu
pour effet de limiter le recrutement d'enseignants-fonctionnaires.
Du coup, on a recours aux maîtres communautaires (recrutés
et pris en charge par les parents) qui représentent près
de 60 % du personnel enseignant. |
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beaucoup
d'enfants ne vont pas à l'école et sont chargés
des tâches (aller chercher l'eau, garder le bétail,
travail aux champs...) |
Il est souvent difficile d’avoir des données précises
et exactes quant au chiffre de la population scolarisable (peu d’enfants
possèdent un acte de naissance) ou de la population scolarisée.
Par contre, l’observation révèle des effectifs
pléthoriques quasiment partout. Nous avons pu observer des
classes de CP1-CP2 à plus de 150 élèves pour
un seul enseignant ! Ces conditions ne permettent pas de mettre
en place un enseignement de qualité. Il est difficile d’impliquer
les élèves, de donner des devoirs et de corriger les
exercices, d’évaluer régulièrement les
connaissances acquises, d’introduire des innovations pédagogiques
(peu d’enseignants connaissaient le nom de leurs élèves…).
Il est difficile d’offrir des infrastructures scolaires satisfaisantes
: manque de classes, manque de mobilier scolaire (4 à 5 élèves
par tables-banc en ville et aucun mobilier en zone rurale), manque
de manuels scolaires, etc...
De surcroît, le temps consacré à l’enseignement
est court : rentrée tardive (problèmes institutionnels
de retard dans les nominations, problèmes de retard dans
la construction des paillotes, problèmes de retard dans les
inscriptions que ce soit en ville ou en zone rurale) ; sortie précoce
(précarité des bâtiments, intempéries
et activités de culture dans les champs qui commencent aux
premières pluies) ; nombreuses absences des enseignants (personnelles
ou institutionnelles) ; journées écourtées
(horaires officiels non respectés) et nombreux temps morts
pendant les leçons...
La pédagogie est peu stimulante et le travail effectif de
chaque élève est restreint au minimum (observation
et répétition) avec en plus la difficulté de
la langue (l'école est en français et non dans les
dialectes locaux). Tous ces facteurs ont des répercutions
sur les élèves : nombreux redoublements, classes hétérogènes
avec des élèves sur-âgés (ainsi on voit
des jeunes de plus de 18 ans en primaire), découragement,
ennui, abandons...
L’éducation est partout en difficulté, et à
tous les niveaux s’inscrivent de nombreuses inégalités
: inégalités école privée / école
publique, inégalités filles / garçons, inégalités
ville / village, inégalités école officielle
/ école communautaire en zone rurale, inégalités
maîtres intégrés fonction publique / maîtres
communautaires.
Koro Kaga,
un village caractéristique :
Une étude plus approfondie a été conduite
en milieu rural dans le canton de Koro Kaga, canton situé
à 20 km au nord de Moundou. Autrefois, la zone était
riche et prospère, ce qui a incité de nombreux villageois
venus d’ailleurs à s’implanter là. Aujourd'hui,
la zone est surpeuplée et la population survit tout juste
des récoltes de mil (la nourriture de base) et d'arachides.
La chute des cours du coton a rendu sa culture non rentable.
Koro Kaga est très étendu et se compose de six villages.
La communauté se regroupe autour des autorités (chef
de canton, chefs de village, chefs religieux, chef de terre) qui
détiennent le pouvoir décisionnel. Une réunion
se tient deux fois par mois. L’éducation est au cœur
de leurs préoccupations, mais les difficultés sont
nombreuses. Les villageois, sur qui toute la charge de l’école
repose, se mobilisent et participent aux travaux de construction
des écoles mais ne s’acquittent pas des frais de scolarité
ce qui rend la gestion de l’école très difficile.
Le canton possède deux écoles. L’école
officielle, a été créée en 1975. Communautaire
au début, elle est devenue officielle en 1982. Elle se compose
de 3 classes à deux niveaux : CP1-CP2, CE1-CE2, CM1-CM2.
L’école communautaire a été créée
en septembre 2002, car l’école officielle ne pouvait
plus contenir tous les enfants. Elle se compose de 4 classes à
un niveau : CP1, CP2, CE1 et CE2. L’effectif du CP1 était
de 171 élèves, fin décembre 2005… Pendant
les dernières semaines avant les vacances de Noël, le
hangar en secco (paillote) étant devenu trop petit, la classe
de CP1 a émigré dans l’église catholique,
elle aussi en secco, situé juste à côté.
Toute la vie de l’école repose sur les parents et sur
l’APE (Association de Parents d'Élèves), en
particulier la collecte des fonds qui va permettre de faire vivre
l’école. Les enseignants communautaires sont tous engagés
dans le métier depuis plusieurs années déjà.
Le responsable de l’école communautaire enseigne depuis
1976. Il a été un des membres fondateur de l’école
officielle et a accepté de prendre la responsabilité
de l’école communautaire pour le bien du village. Lui-même
n’a été scolarisé que jusqu’à
la troisième, les autres ont le BEPC et ont parfois débuté
les études secondaires, seul un d’entre eux a poursuivi
jusqu’en terminale mais a échoué deux fois au
bac. Les enseignants ont suivi des journées pédagogiques
mais n’ont pas de formation professionnelle. Les indemnités
des enseignants communautaires (mais aussi ceux de l'école
officielle qui ne sont pas rémunérés par l'état)
sont théoriquement de 7000 FCFA par mois (10 €), mais
les difficultés économiques des parents font que ces
indemnités sont rarement payées. Seul le directeur
de l’école officielle est intégré dans
la fonction publique ; n’ayant pas choisi son affectation,
il est souvent absent, ce qui nuit aux élèves de CM1-CM2
à qui il enseigne, mais aussi à l’image de l’école
officielle.
En dehors de la ville de Moundou, il n’existe plus aucune
trace d’écrit. Dans les écoles, seuls les enseignants
ont quelques rares manuels à leur disposition (fournis par
l’Inspection ou achetés par l’APE). Les filles
sont particulièrement touchées, massivement inscrites
en CP, elles « disparaissent » rapidement au fil des
années. 70% des enfants scolarisés en CP1 n’atteindront
pas le cycle secondaire. Ils n'auront, comme seul bagage éducatif
« formel » pour réussir leur insertion socio–professionnelle,
que ces quelques années passées sur les bancs d'une
école primaire qui n'a pas les moyens de scolariser normalement
ses élèves.
historique de l'action
Du 5 octobre 2005 au 5 janvier 2006, Marie-Paule DAUTEL a
effectué pour Initiative Développement une étude
du contexte éducatif dans le département du Lac-Wey
(Logone Occidental, Tchad) près de Moundou et en zone rurale.
Du 26 novembre au 9 décembre 2005, Christophe BARRON, chef
de secteur Éducation d'Initiative Développement s'est
également rendu sur place pour étudier la faisabilité
d'un programme éducation.
L'étude avait pour but de mieux connaître l'offre et
les besoins en matière d'éducation (préscolaire,
primaire, secondaire, formation professionnelle initiale, etc.),
les difficultés rencontrées par les acteurs de l’école
en matière de scolarisation, ainsi que leurs attentes. Elle
avait aussi pour but de produire une appréciation de la qualité
du dispositif d’éducation (formation initiale, continue,
suivi pédagogique, compétences des maîtres,
recrutement des maîtres, ressources pédagogiques pour
les maîtres...). L'étude devait aussi identifier les
problèmes spécifiques de la scolarisation des filles.
Enfin, les projets en cours ou prévus des acteurs gouvernementaux,
associatifs et confessionnels devaient être répertoriés.
Les activités du programme ont débuté le 1er
avril 2006.
Les objectifs et
les activités du projet
(a) Objectif de l’action : Permettre aux enfants
de Koro Kaga d'entrer au CP dans des conditions améliorées
Partant du constat des conditions de scolarisation déplorables,
du faible niveau pédagogique des enseignants et de la quasi
impossibilité d'effectuer un cycle primaire normal, le projet
se fixe pour objectif de permettre aux enfants de Koro Kaga d'accéder
au cours préparatoire dans des "conditions améliorées".
Ces conditions améliorées concernent l'effectif des
classes, le matériel scolaire et pédagogique mis à
disposition ainsi que les compétences pédagogiques
des enseignants. L'implication communautaire sera déterminante
dans l'amélioration de ces conditions de scolarisation.
In fine, le projet vise à accroître le rendement scolaire
et fait le pari que ces améliorations devraient permettre
de diminuer les taux de redoublement, les taux d'abandon et d'améliorer
le niveau des élèves qui ainsi pourront profiter réellement
et durablement de leurs années d'école.

Une classe en secco (paillote) dans le village de Koro Kaga
(b) Volet 1: Création de classes de CP normalisées
Il s'agira avant tout d'ouvrir des classes qui pourront accueillir
tous les enfants du village de Koro Kaga scolarisables en CP. L'effectif
des classes ne dépassera pas 50 élèves (il
est actuellement de 175 enfants dans l'un des CP du village). Si
200 enfants devraient profiter de ces actions, on espère
qu'au moins 150 d'entre eux entreront en CP à l'âge
normal de 6 ans. Enfin, l'ensemble des élèves qui
bénéficieront de ce CP 1 en classes normalisées
et qui auront régulièrement suivi l'année scolaire
seront admis à passer en CP 2, les redoublement seront réduits
à leur strict minimum.
Les salariés du projet procéderont avec les Associations
de Parents d'Élèves (APE) aux inscriptions de manière
à s'assurer d'emblée de la bonne tenue des registres
et aussi pour repérer les familles qui ne seraient pas en
mesure de payer les écolages pour la rentrée et trouver
les solutions qui conviendront (échelonnement du paiement,
crédit écolage, parrainage...). Dans l'idéal,
ce travail devrait conduire à la scolarisation de la totalité
des enfants du village. Un recensement des familles qui ne se sont
pas présentées devrait donc aussi être conduit
afin de les sensibiliser et de trouver avec elles des solutions
(cas particulier de filles notamment).
(c) Volet 2 : Amélioration des conditions matérielles
d'enseignement
Le projet ne donnera pas lieu à la construction d'infrastructures
lourdes. Il table sur le fait qu'avant tout, c'est dans des classes
"normales" avec des enseignants compétents que
les élèves apprennent correctement et progressent.
Des classes en secco (paillotes) devront être construites
et un travail communautaire sera effectué pour entretenir
ces classes afin qu'elles puissent durer pendant toute l'année
scolaire (entretien du toit par exemple avant les premières
pluies).
Dans chaque école sera néanmoins construit un bâtiment
en dur qui accueillera le bureau du directeur et servira d'espace
de stockage en toute sécurité du matériel (livres,
matériel pédagogique, outils de gestion de l'école...).
Enfin, un point d'eau pour la boisson et le lavage des mains est
prévu dans chaque école. La solution appropriée
devra être trouvée avec les communautés. Il
pourra s'agir au minimum d'un grand canari mis à disposition.
En collaboration avec les APE et les maîtres, il sera convenu
du matériel minimum nécessaire à l'enseignement.
Le projet aidera à la constitution de ce stock minimal. Une
partie du matériel pourrait être fabriquée (planches,
cartes, affiches...). L'utilisation et l'entretien de ce stock seront
régulièrement évalués pour en assurer
la durabilité, l'usage régulier, le renouvellement
éventuellement nécessaire. Des formations à
l'usage du matériel scolaire pourront aussi avoir lieu.
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L'ardoise est souvent le seul outil utilisé
par les élèves qui généralement
ne commencent à écrire avec un crayon dans un
cahier qu'à partir du CP2 (deuxième année
d'école). Les manuels sont extrêment rares en milieu
rural. |
(d) Volet 3 : Implication de tous les acteurs dans le bon
fonctionnement de l'école
Le projet ne saurait se substituer au rôle que peuvent jouer
les parents, les directeurs d'école, les maîtres, les
communautés et leurs responsables, l'inspection scolaire.
Si leurs moyens, matériels notamment, sont limités,
ils doivent cependant être responsabilisés.
En tout premier lieu, il conviendra de négocier avec chacun
de ces acteurs ce qu'ils sont en mesure d'apporter, ce qu'ils peuvent
faire pour que l'école fonctionne mieux, et pour cela commencer
par réfléchir avec eux à ce que veut dire un
meilleur fonctionnement de l'école. Ce travail de réflexion
et de négociation aboutira à un contrat de qualité
autour duquel chacun s'engagera, y compris l'équipe du projet
dont les actions seront conditionnées à la bonne volonté
et aux apports de chaque acteur local de l'école. Les termes
du contrat pourraient ainsi porter sur le respect du calendrier
scolaire, le suivi de la présence en classe des élèves
et des maîtres, l'entretien des infrastructures...
Le suivi du contrat de qualité sera effectué et chaque
année il sera re-signé et éventuellement adapté.
Des actions particulières seront conduites auprès
des APE (Associations de Parents d'élèves) et des
directeurs d'école pour renforcer leurs capacités
de gestion.
Un des engagements importants du projet sera d'assurer avec les
APE la régularité du paiement des enseignants. Actuellement,
les enseignants gagnent moins de 10 euros par mois et encore, ils
sont très irrégulièrement payés. Avec
le projet, les APE seront aidées par pour qu'une indemnité
de 10 euros supplémentaire mensuelle soit payé systématiquement.
Cette mesure devrait permettre de soutenir les maîtres plus
durablement et de les inciter à passer le temps nécessaire
à préparer leurs cours et à se former plutôt
qu'à (légitimement) chercher d'autres occupations
pour survivre.
(e) Volet 4 : Amélioration des pratiques pédagogiques
des enseignants
Les conditions matérielles précédemment décrites
sont la base pour ensuite conduire des activités de formation
et de suivi pédagogique. Actuellement, ces actions sont trop
rares et de qualité insuffisante.
Un travail sera conduit avec les conseillers pédagogiques
pour organiser des formations qui répondent aux besoins des
enseignants et notamment pour les former à des méthodes
pédagogiques plus actives et adaptées à l'environnement
et au public.
Le projet propose également une présence renforcée
auprès des enseignants pour répondre à leurs
besoins et suivre les formations sur le terrain. Ainsi, une enseignante
retraitée française bénévole sera présente,
assistera aux cours et prodiguera des conseils. Elle formera simultanément
des animateurs pédagogiques. Chaque semaine, tous les enseignants
des classes de CP seront visités et aidés dans leurs
pratiques. Les autres enseignants des écoles primaires de
Koro Kaga seront quant à eux visités et conseillés
mensuellement en plus de toutes les actions de formation dont ils
bénéficieront également.
Les bénéficiaires :
- 200 enfants de 6 ans seront accueillis dans les classes de CP1
en année 1 et en année 2
- en année 2 les 200 élèves de CP1 pourront
accéder en CP2
- les 600 enfants (environ) des autres classes des écoles
suivies bénéficieront aussi des actions par l'intermédiaire
de la formation des enseignants et des projets d'école que
les Associations de Parents d'Élèves soutenue par
le projet pourront initier
Au total 800 à 900 enfants chaque année bénéficieront
du projet.
L'équipe :
Marie Paule Dautel, Responsable de programme
Allarassem Francis Tissangar, animateur de projet
Madjikidal Narcisse Nassaringue, animateur de terrain
Daniel Djekolo, référent facilitateur
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Le financement du programme :
- Association UNISSON
- UNICEF
- Association Livre Ouvert ALAPAJE du Monde
Les partenaires locaux :
Localement, le programme travaille avec :
La Délégation de l’ Éducation Nationale
du département du Lac-Wey,
La Délégation diocésaine,
Le Centre de Formation Continue,
L 'Inspection scolaire Mbaker Moundou rural,
Les autorités administratives du canton de Kaga,
Les chefs de villages de Koro Kaga, ainsi que le groupe des sages
du village,
Les Associations de Parents d'élèves (APE) de chacune
des deux écoles,
Le GREJEK (Groupe de Réflexion des Jeunes Elèves de
Koro Kaga),
L'association Livre Ouvert ALAPAJE du Monde participe à des
actions de formation et d'animation auprès des enseignants
et des élèves autour du livre et de la lecture.
Contacts
Responsable de programme
Marie-Paule DAUTEL : mp.dautel@id-ong.org
Référent des programmes éducation
d'ID
Christophe BARRON : c.barron@id-ong.org
Page actualisée le 19/07/06 |